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Données personnelles : un ancien expert d’Apple dénonce « un système de surveillance massif »



Thomas Le Bonniec avait démissionné quelques mois seulement après avoir été embauché par un sous-traitant de la multinationale américaine. Dans le cadre de son travail, il aurait écouté près de 46 000 conversations d’usagers de la firme.


Thomas Le Bonniec était contraint à « une obligation de quantité » de 1 300 écoutes par jour selon FRANKHOERMANN / SVEN SIMON / SVEN SIMON / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP.


Apple espionne-t-il ses usagers ? Interrogé ce mercredi sur France info, l’ancien analyste de données Thomas Le Bonniec tire la sonnette d’alarme sur les pratiques du géant américain. Embauché en 2019 par un sous-traitant irlandais de la firme, il se retrouve embarqué malgré lui au cœur d’un système de surveillance de masse.


Son travail consistait à « écouter des enregistrements qui étaient réalisés à partir de l’assistant vocal d’Apple, l’assistant Siri ». Pour Thomas Le Bonniec, « il y a bien des oreilles "humaines" derrière cet assistant vocal ». L’analyste « avait une obligation de quantité », étant contraint de réaliser 1 300 écoutes par jour. Au cours des quelques mois où il travaillera pour le sous-traitant d’Apple, il en réalisera près de 46 000.


« Apple n’est pas seul à pratiquer cette méthode », affirme Thomas Le Bonniec

« Pendant cette période, j’ai pu écouter tout ce que vous pouvez imaginer que quelqu’un dirait dans une situation très intime. J’ai entendu des gens qui parlaient de l’orientation politique, de leur affiliation syndicale, de leur sexualité, beaucoup aussi de leur situation personnelle », déclare Thomas Le Bonniec.


« On parle de centaines de personnes en Europe, donc en Irlande, en Espagne, il y en avait à Paris également, mais aussi dans le monde entier », dénonce-t-il. L’expert affirme que ces pratiques ne seraient pas un cas isolé parmi les Gafam, les géants du web américain. Selon lui, « Apple n’est pas seul à pratiquer cette méthode ». « Google, Amazon, Microsoft, tous les assistants vocaux se comportent de la même manière », déplore-t-il.


Écœuré, l’analyste dit avoir fini par démissionner pour ses raisons. Aujourd’hui, il dénonce « une situation où vous êtes susceptible d’être enregistré à tout moment », « un système de surveillance massif et généralisé », effectué « sans le consentement, sans la connaissance des personnes qui sont concernées ».


Pointant du doigt l’impuissance « des agences de protection des données en Europe », il affirme qu’« on n’est pas défendus à ce niveau-là. Au niveau du politique également ». Pour lui, « il faudrait envisager la voie judiciaire pour les personnes qui ont été victimes de ces enregistrements abusifs ».


En faisant ces révélations, Thomas Le Bonniec viole une clause de confidentialité, contractée auprès de son ancien employeur, qui lui enjoint à « ne pas parler de ce programme à des collègues ou à des proches et à des journalistes, mais aussi à des autorités publiques ». « Je serais probablement en banqueroute pour le restant de ma vie », déplore-t-il, dénonçant une clause « probablement illégale » et « au-dessus du droit ».



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2 Comments


Assane Sambe
Assane Sambe
Jun 06, 2023

Malheureusement, il est devenu un secret de polichinelle que les géants du numérique s’incrustent dans la vie privée des utilisateurs. L’accès gratuit (ou presque) aux plateformes numériques s’effectue souvent en contrepartie de l’utilisation des données personnelles des utilisateurs à des fins commerciales voire de procédés d’écoute et d’espionnage comme en a fait état cet ancien employé. Aussi, le caractère « secret » des opérations laisse les utilisateurs dans l’ignorance et ne favorise guère une action efficace en réponse à ces méthodes fortement attentatoires aux et libertés des millions d’utilisateurs.

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Abdoulaye Cisse
Abdoulaye Cisse
Jun 07, 2023
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Très pertinente contribution cher Assane. Oui en effet, les Gafam vivent à travers les milliards de données à caractère personnel qu’ils collectent, traitent et exploitent. Toutefois, il est très difficile de se prémunir face à ces pratiques violant quasiment la vie privée de tous les utilisateurs. Il y a généralement deux courants qui s’opposent dans la prise en charge de la problématique des données à caractère personnel. Le premier promeut la protection des données personnelles en tant que droit de la personnalité, c’est le courant idéaliste avec une approche purement idéaliste. Cette approche conçoit que la protection de la vie privée doit être privilégiée même si elle s’oppose au besoin crucial de développement économique. Le deuxième courant s’inscrit au contraire…

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